
De l'IA qui n'a pas l'air de l'IA : pourquoi nos illustrations ont le grain d'un vieux Polaroid
15 juin 2026
Si vous avez parcouru notre nouveau site, vous avez peut-être tiqué. Ces images ne sont pas léchées. Elles ont le grain d'un Polaroid oublié au fond d'un tiroir, la lumière crue d'un flash direct, ce petit côté « pris sur le vif » — presque crade. C'est exactement ce que nous voulions.
À l'heure où le web déborde d'images générées par intelligence artificielle — lisses, symétriques, plastiques, toutes un peu les mêmes —, nous avons fait le pari inverse. Notre quête tient en une phrase : faire de l'IA qui n'a pas l'air de l'IA.
Le problème avec les images « parfaites »
L'IA générative a un défaut paradoxal : elle est trop douée pour le beau. Lumière idéale, peau sans pores, compositions impeccables… À force de perfection, ces images finissent par se ressembler toutes, et par crier leur origine. La perfection est devenue le signe de l'automatique, du vite-fait, du « personne ne s'est foulé ».
Or une marque ne se souvient pas d'une image parfaite. Elle se souvient d'une image qui a une présence — un défaut, une intention, une âme. Alors plutôt que de lisser, nous avons décidé de salir. Méthodiquement.
Pourquoi le Polaroid, le flash, le grain
Chaque ingrédient de notre style raconte la même chose : ceci a existé, quelqu'un était là.
- Le Polaroid : l'instantané unique, légèrement délavé, impossible à refaire à l'identique. Il évoque la mémoire, le souvenir, l'objet qu'on tient entre les doigts.
- Le flash direct : la lumière crue de la photo prise sur le vif, sans pose, sans maquillage. C'est la franchise du réel, l'anti-glamour assumé.
- Le grain et les petites imperfections : la preuve qu'une image a une matière, un accident, une main derrière elle.
Ce sont les signatures de l'analogique et de l'humain — exactement l'opposé du parfait-numérique.
Les inspirations derrière ce style
Ce parti pris n'est pas sorti de nulle part. Il puise dans toute une histoire de l'image qui a fait de l'imperfection un langage :
- Andy Warhol et ses Polaroids : l'instantané érigé en œuvre, la célébrité saisie sans filtre.
- Nan Goldin : ses snapshots intimes au flash, bruts et bouleversants de vérité humaine.
- Juergen Teller : la photographie de mode anti-glamour, volontairement crue, qui a fait du flash direct une marque de fabrique.
- Wolfgang Tillmans : la beauté du quotidien, du banal, du presque-rien.
- Toiletpaper (Maurizio Cattelan & Pierpaolo Ferrari) : des images saturées, surréalistes, irrévérencieuses, qui assument le mauvais goût comme un manifeste.
À cela s'ajoute une philosophie qui nous est chère : le wabi-sabi, cet art japonais de trouver la beauté dans l'imparfait, l'incomplet, l'éphémère. Tous ces artistes ont prouvé qu'une image imparfaite touche souvent plus juste qu'une image parfaite.
Faire mentir la machine
Concrètement, ce style ne s'obtient pas en tapant trois mots dans un générateur. Il faut lutter contre la pente naturelle de l'IA, qui veut toujours tout polir. On réintroduit le grain, on force le flash, on déséquilibre le cadrage, on accepte le trop-de-contraste et le légèrement-de-travers. On dirige la machine comme un photographe dirige un shooting — jusqu'à ce que l'image ait un pouls.
Le but n'est pas que le spectateur se demande « est-ce de l'IA ? ». Le but est qu'il ressente quelque chose, et que la question ne se pose même pas.
Le goût de la différence, jusque dans le pixel
Au fond, ce choix résume toute notre approche. Refuser le lissage, le consensuel, le « comme tout le monde ». L'IA n'est qu'un pinceau de plus — un outil puissant, mais un outil. Ce qui fait la différence, c'est l'œil et le parti pris derrière. Et ceux-là restent, et resteront, profondément humains.
Le goût de la différence, ça se cultive partout. Y compris dans un grain de Polaroid.
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